Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 08:39

Le Smartphone est le silex du XXIème siècle

 

Parcours du bipède mobile de la préhistoire à nos jours

 

Nous sommes il y a des milliers, des millions d'années. Un arbre, doucement caressé par le vent de la savane. L'air est pur. Quelques cris d'animaux. Un mammifère se balance, faisant usage de ses quatre membres, à la manière d'un singe. Mais ce n'est pas un singe. Descendre ? Descendre. Voilà que l'individu se tient debout. Regarder. Tout autour. Marcher. Il marche. Les pattes avant deviennent bras et mains. Mains. Mains libres. La savane s'ouvre devant lui. Marcher les mains libres, le regard plongé vers l'horizon. On ne va pas rester là.

Se préparer. Pour partir, bientôt. Il faut aller voir, là-bas.

Cinq doigts. De chaque côté. Que faire ? Mouvements de doigts écartés puis rapprochés, doucement. Lever les mains devant les yeux. Le monde à travers les doigts quand le soleil se lève, déjà un sentiment d'appropriation. C'est un envol. Bonjour bipède.

EPISODE 2

Se baisser. Pierre ramassée. Une autre pierre dans l'autre main. Taper. Tailler. Pierre taillée. Par touches régulières parallèles. Le biface peut tout faire. Couper, gratter, percer. Le silex taillé est le monument inaugural de la préhistoire de l'humanité, qui commence avec la station debout. C'est le grand départ ! L'espace peut être conquis, dominé (nomadisme). Le monde sous la main, c'est déjà une réalité. Domestication du milieu environnant, Top départ.

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Biface_silex.png?uselang=fr

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Biface_silex.png?uselang=fr

Notre ancêtre aimait peut-être caresser ce caillou doux sous les doigts (alvéoles). Lui parler. La bouche se situe désormais à bonne distance du sol, face au vent, à la conquête de l'air. Parler au biface de plus en plus fin et tranchant. Plier l'espace à sa volonté.

Plus tard...

EPISODE 3

Le milieu naturel est totalement piétiné. L'air charrie des nuages de saletés, la banquise fond à vue d'oeil, l'océan n'est plus qu'une vaste poubelle détrempée, les animaux disparaissent, mais cela n'émeut pas vraiment les foules.

On est passé à autre chose.

Un autre environnement.

Totalement artificiel.

Ordinateur immobile, ronronnant. Chuintement des imprimantes. Les mains en équilibre sur le clavier, il se balance. Avant Arrière. Sur les côtés. Esprit es-tu bien dans les flux. Oui. Captivé. Immergé. Téléchargé. L'Etherciel, deuxième monde, a ouvert ses portes. Vivre là, dans l'océan des octets. On aime tant venir s'emmailloter dans le bouillon luminescent. Mais toujours rester planté là, assis, le dos courbé. Car quitter l'ordi, c'est se retirer et voir les portes du deuxième monde se refermer derrière soi. La souris autorise quelques mouvements d'une main, vers l'extérieur, mais sur quelques centimètres tout au plus. Le quadrupède informatique ne bouge pas de son arbre.

Pas question de descendre de cette Unité Centrale.

Soudain le Smartphone, le nouveau silex.

EPISODE 4

Taper. Glisser. Par touches régulières parallèles. Le biface électronique peut tout faire. Il m'écoute, je luis parle, il va me chercher ma nourriture, me commande des gestes de sport, m'aide à dormir, me réveille le matin. Le Smartphone est le monument inaugural de l'e-stoire de l'humanité, qui commence avec la station debout. C'est le grand départ ! Ce n'est plus moi accroché à mon Arbre/Unité Central(e), c'est l'inverse. Mon Unité Centrale accrochée en bandouillière, parfois même fièrement dressée à bout de bras.

L'espace peut être dépassé, oublié. Le monde sous la main, non, nous franchissons une étape supplémentaire : le monde dégagé, expulsé de notre vie, notre vraie vie, notre Smart-Vie. Ecrasement du milieu environnant, réputé sale et inutile.

Un nuage se forme au-dessus de la terre. C'est le nuage qui donne la vie, la vie numérique. L'esprit est dans le nuage. Le corps est n'importe où, cela ne change rien. On traverse, les rues, les gares, les espaces avec indifférence car toute notre attention passe par un boitier rutilant qui nous rattache au nouveau monde. C'est là que ça se passe. La dimension terrestre ("où suis-je ?") ne compte plus. Ayant asservi puis anéanti le monde nous en créons un nouveau. L'Etherciel.

EPISODE 5

 

FIN

1771

Partager cet article

Repost 0
Published by etherciel
commenter cet article

commentaires

photography orange county 25/02/2017 11:08

Thanks for the information and links you shared this is so should be a useful and quite informative!