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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 18:44

Une lettre postale est un point qui voyage dans l'espace, elle effectue un parcours sur la surface de la Terre. Un courrier électronique quant à lui est un trait tiré entre deux points : le message émis reste présent dans l'ordinateur de l'expéditeur. Le courriel avance par réplication, l'émetteur n'est pas dépossédé de son message. Quel enseignement avons-nous à tirer de ce simple fait ?

 

D'abord, le constat. Le courriel remplit un rôle similaire à celui d'une lettre postale, mais sa nature est totalement différente. Une lettre est constituée d’un ou plusieurs feuillets, par exemple au format A4. Ces feuilles ont un poids qui d’ailleurs n’est pas indifférent : ajouté à celui de l’enveloppe, il détermine le prix à payer pour expédier le tout. Une lettre voyage dans l'espace grâce à des forces sciemment organisées à cette fin (facteur sur son vélo). Onde ou corpuscule ? Corpuscule, assurément. "Feuille volante" : avant d'être une expression usuelle, la feuille volante est une réalité physique.

 

À l'inverse, le courriel est une onde, au même titre qu'une émission de télévision, il est présent au départ comme à l'arrivée, de manière continue, à travers tous les serveurs intermédiaires dans lesquels il est (ou peut être) reproduit. Il s’agit donc d’un processus, d’un mouvement, qui doit être appréhendé comme tel. L'adresse de l'expéditeur figure toujours à l'arrivée, elle fait partie du message reçu, alors qu'il est parfaitement possible d'expédier une lettre par la Poste sans s’identifier. L’objet porté est secondaire, le courrier électronique s’inscrit dans une dynamique. C'est là sa véritable caractéristique, c'est ainsi qu'il convient d'appréhender le phénomène pour en saisir la vraie teneur.

 

L'original d'une lettre est un document, un papier plus ou moins recouvert de signes. Une lettre qui n'est pas envoyée est une lettre, une lettre qui n'a pas atteint son destinataire, mais une lettre quand même. Elle peut mentionner une date (Paris, le…), mais ce n'est pas indispensable. La Poste mettra son cachet, sur l'enveloppe, si la lettre est expédiée. D'ailleurs la lettre et l'enveloppe sont deux choses différentes. La lettre traditionnelle sur papier existe indépendamment de son transport, et n’est pas détachable de son support : cette proposition doit être inversée pour qualifier le courrier électronique. Celui-ci existe indépendamment de son support, et n’est pas détachable de son transport.  L'original d'un courriel, si cette expression a un sens, est une chaîne de traitement associée à un moment précis. Son existence n’est que passagère. Un brouillon enregistré dans le disque dur sans être envoyé est un simple document, personne n'en parlera comme d'un courriel. Dans l’écosystème électronique (auquel il faudra bien un jour trouver un nom...), une émission précède nécessairement le document, alors que dans notre environnement géographique, le document a en lui-même sa propre origine, et peut fort bien se passer de toute transmission. Le courriel apparaît à partir du clic sur le bouton "Envoyer". Son histoire se concentre dans les quelques secondes qui s'écoulent entre son envoi et sa réception. Pendant le temps de la propagation, l'onde et le document ne font qu'un, l'un ne va pas sans l'autre, ce n'est qu'ensuite que les traces pourront être exploitées séparément. Ce qui reste après n'est pas le courriel, mais les traces de son passage. Le courriel avance par réplication, l'émetteur n'est pas dépossédé de son message. Une lettre en papier est acheminée, le signataire s'en dessaisit au profit du destinataire, le courriel quant à lui est diffusé à l'intérieur d'un champ, pendant un laps de temps précis.


Il est donc impossible de retrouver "l'original" d'un courriel, car il est impossible de remonter dans le temps. Mais il est possible de retrouver l'original d'un papier, car il est possible de voyager dans l'espace. Les deux procédés servent la même finalité, passer un message. Mais deux différences apparaissent. Tout d'abord, l'un fonctionne par translation, l'autre par réplication. Retenons également que l'un se structure dans l'espace, l'autre dans le temps.

 

Quel enseignement avons-nous à tirer de ce constat ?

 

Nous avons affaire à un Nouveau Monde. Car nous avons créé un Nouveau Monde. Et ce Nouveau Monde obéit à des lois naturelles différentes de celles que nous pratiquons sur Terre. Les objets, nos actions, tout se passe dans un environnement différent, qui ne fonctionne pas de la même façon que notre milieu naturel, que nous connaissons bien, depuis Galilée, Newton et Einstein.

 

Etherciel. Il faut un mot pour qualifier les mondes numériques, il faut un substantif pour désigner "tout ce qui est numérique", il faut donner un nom au Nouveau Monde. Étherciel, ce sera l’Étherciel. Je prends tout ce qui est numérique, de TF1 à World of Warcraft, données et programmes, hors ligne et en ligne, et je l'appelle Etherciel. L'Éther d'Aristote, circulaire et continu, supérieur et intouchable, et "ciel" comme artificiel, logiciel. Ce terrain d'action, ce lieu de vie est certes nouveau, mais il n'est ni virtuel ni immatériel.

 

La statue n’existe qu’à l’état de virtualité dans le bloc de marbre, alors que le logiciel dans lequel je viens m’inscrire pour taper ce texte est réel et présent. Immatériel ? Descartes parlait de "l’immatérialité de l’âme". Une idée représente quelque chose d’immatériel. Quant à lui, le nouvel élément fait partie du monde sensible. L’Étherciel n’est pas immatériel, mais matériel. Matériel, d’une façon nouvelle, qui ne fait pas partie des catégories de la physique terrestre. C’est une erreur de renvoyer quelque chose de nouveau, que nous ne connaissons pas, dans une sorte de vide insignifiant. Ce qu’il faut, c’est composer des définitions positives et inventer de nouveaux mots.


Au travail

 

Emmanuel Cauvin, le 24 janvier 2012

article également publié ici

 

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Published by etherciel
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